Dassa

Dassa, une ville entourée par les collines

Dassa, une ville entourée par les collines

Sites royaux

ODIDI : LE PALAIS ROYAL DES 41 COLLINES

OLOFIN (1385 – 1425), issu d’un groupe d’immigrés venus d’ABEOKOUTA (NIGERIA) fonda en 1385 le royaume d’IDASHA (DASSA), mettant fin à un régime préexistant ayant pour capitale IFITA (village non loin de DASSA). Il construisit ici ODIDI (le palais royal des 41 collines) qui matérialisait le siège du pouvoir de la dynastie des DJAGUN (roi de DASSA). Dans un régime semi royal, les DJAGUN nommaient des premiers ministres dotés de grande autonomie à qui ils confiaient une partie du pouvoir. Avant la conquête coloniale française en 1894, DASSA connut 23 monarques au nombre desquels figuraient deux reines : DJAGUN OYORO (1425 – 1430) et DJAGUN ALAMON (1593 – 1610).

L’AUTEL D’EGBAKOKOU

La famille royale qui régna sur le royaume d’IDASHA (DASSA) à partir de 1385 était issue d’un groupe d’immigrés YORUBA venus d’ABEOKOUTA (NIGERIA) qui s’imposa à une communauté de YORUBA originaires d’OYO (NIGERIA) et ayant IFITA (village non loin de DASSA) pour capitale. OLOFIN (1385 – 1425) était le chef de fil de ces immigrés. Il implanta ici ce bois sacré pour matérialiser cette arrivée et symboliser le début de règne de la dynastie des EGBA dont il fut le fondateur. Le bois fut déifié et du fait bénéficie périodiquement des cérémonies et rites.

L’ENCLOS DE LA PLACE EGBAKOKOU

Le couronnement des DJAGUN (rois de DASSA) se déroulait ici à la PLACE EGBAKOKOU. Le prince héritier se plaçait dans cet enclos pour recevoir les attributs de pourvoir des mains du premier ministre du monarque défunt. Cette cérémonie constituait la première étape d’un itinéraire d’intronisation. En vertu du caractère sacré qu’a ici l’enclos, la tradition veut que l’on ne le montre pas du doigt.

LES BILLONS SACRES

Après le couronnement de chaque DJAGUN (roi de DASSA) à la PLACE EGBAKOKOU, il devait rentrer dans le palais royal ODIDI par l’allée gauche de ces trois billons sacrés. A sa mort, on faisait sortir son corps dudit palais par l’allée droite. En dehors de ces deux occasions, il ne pouvait plus jamais emprunter ces deux chemins sacrés. Aussi personne d’autre ne passe entre ces billons sous peine de perdre aussitôt la vie.

OJA ERU, Place de rassemblement des captifs de guerre

En quête d’expansion territoriale et de captifs de guerre, l’armée de DANXOME commença à attaquer IDASHA (DASSA) à partir du règne du monarque danxoméen AGONGLO (1789 – 1797). Lors de ces attaques les populations locales se réfugiaient sur les collines. Tous ceux qui n’y partaient pas étaient systématiquement razziés et regroupés ici à OJA ERU (le marché des esclaves). Ils y étaient menottés pour être acheminé vers Abomey où ils étaient triés en esclaves à vendre, épouses de princes et dignitaires, artisans, sacrifices humains, artistes, producteurs agricoles, etc. OJA ERU abrite de nos jours ce marché de nuit.

La vente du gari sur la voie de Dassa
La vente du gari sur la voie de Dassa

LES STATIONNEMENTS SUR LA COLLINE

Pendant la cérémonie d’intronisation des DJAGUN (rois de DASSA), ils quittaient ODIDI (le palais royal des 41 collines) pour celui de YAKA suivant l’itinéraire tracé par ici sous le règne de la reine ALAMU (1593 – 1610). Au cours de ce parcours, les DJAGUN marquaient quatre arrêts rituels dont voici le lieu du premier. A chacune de ces étapes, ils s’asseyaient un instant sur une grosse pierre pour récupérer un peu d’énergie avant de reprendre la montée de la colline. A cause de ce rôle de stationnement, les pierres ont un caractère sacré. Pour cela la tradition interdit à toutes personnes, autres que les DJAHUN de les approcher. Mais si quelqu’un touche par erreur l’une d’entre elles, il doit y déposer un caillou en signe de repentance.

LE PALAIS YAKA

Suite à un très long règne, le roi OGOUDOU (1438 – 1593) devint un vieillard débile. Pour le décharger de sa fonction de DJAGUN (roi de DASSA), la famille royale l’isola ici dans un grenier. Mais le monarque se métamorphosa en un serpent à tête humaine pour aller « s’auto inhumer » ailleurs. Dès lors, ce palais YAKA fut construit autour du grenier vers 1593. Les ministres y tenaient leurs conseils sous l’égide du premier ministre du royaume. Les DJAGUN y venaient juste pendant les cérémonies d’intronisation. Après leur mort, leurs corps momifiés y étaient conservés avant l’enterrement.

TEMPLE OGUN LAGBA

OGUN ou GOU est le Dieu du fer et patron de la forge. Les forgerons et tous ceux qui travaillent avec du fer le vénèrent. Il fait partie de la famille des divinités LISSA (ADIMOULA).
Le TEMPLE OGUN LAGBA aurait été installé au XVIè siècle pour protéger le PALAIS YAKA et veiller sur les DJAGUN (rois de DASSA) lors de leur séjour d’intronisation dans ledit palais. La lignée des OMO OGUN désigne en son sein le prêtre de OGUN LAGBA. Celui-ci a l’obligation d’habiter tout seul dans ce temple.

LE TEMPLE IDUKU

IDUKU est une divinité vénérée dans la ville d’ IDUKU dans l’actuel GHANA. Elle fut introduite dans le royaume d’ IDASHA (DASSA) vers le XVIè siècle. Son temple fut installé ici pour lui permettre de protéger le PALAIS YAKA et de veiller sur les DJAGUN (rois de DASSA) lors de leur séjour d’intronisation dans ledit palais. En cas de sécheresse, les DJAGUN envoyaient des émissaires faire des offrandes à IDUKU d’ici et du CHANA. Aussitôt il pleuvait sur IDASHA.

LE CHEVAL EN BOIS

DANXOME conquit IDASHA (DASSA) vers 1887. OTETAN ADJIKIN ZOMHOUN (1890 – 1925) était originaire de KINGNI (village non loin de DASSA) et partisan des conquérants que le roi danxoméen BEHANZIN (1889 – 1894) fit introniser comme le 23è DJAGUN (roi de DASSA). Celui-ci devint à partir de 1895 un chef de canton sous l’administration coloniale française. Pour se donner de prestige dans sa nouvelle fonction, il devait effectuer ses sorties officielles à cheval. Mais suite à la mort successive de ses 4 chevaux un de ses amis portugais lui fabriqua en 1903 le cheval en bois et à roulettes exposé dans cette maison. Désormais des hommes robustes déployaient beaucoup d’énergies pour le tirer chaque fois qu’il montait sur cette lourde sculpture initialement peinte en blanc.

LA MAISON ZOMAHOUN

L’architecture exprime bien à DASSA, l’adaptation de l’homme aux conditions géographiques et historiques de son milieu naturel. Ainsi certaines personnes construisent avec divers plans des bâtiments sur les grosses pierres et collines. Cependant, l’occupation d’abord temporaire et périodique des collines remonterait au XVIIIè siècle lorsque l’armée de DANHOME avait commencé à attaquer DASSA pour y faire des razzias esclavagistes.

De nos jours, les descendants de OTETAN ADJIKIN ZOMAHOUN (ancien roi et chef de canton entre 1890 et 1925) habitent cette maison dans des bâtiments érigés sur des grosses pierres et collines. Ils ont été construits avec des briques et pierres concassées.

Sites coloniaux

LA GARE FERROVIAIRE

Un réseau ferroviaire existait au DAHOMEY depuis 1902. L’administration coloniale l’étendit à DASSA en 1908 pour faciliter le transport des produits d’exportation dont notamment l’huile de palme. La ligne DASSA – COTONOU assurait aussi le transport en commun.

La gare ferroviaire abrite encore des bâtiments coloniaux du type industriel. Ils étaient construits pour la plupart entre 1908 et 1960 et étaient faits en briquettes de terre cuite puis soutenus par une forte ferraille. Avec l’extension des rails à SAVE en 1911 et surtout à PARAKOU en 1936, cette gare perdit beaucoup de ses atouts dans le transit ferroviaire. Mais les bâtiments avaient conservé leurs fonctions entre autres de magasins, halls bureaux et résidences.

LE CAMPEMENT DES FRANCAIS

Les français en mission dans le cercle d’Abomey ne pouvaient pas se nourrir des mets locaux. Ils avaient besoin d’un cadre hygiénique pour leur cuisine et leur corps. C’est pour ces raisons que l’administration coloniale leur construisit en 1928 le CAMPEMENT DES FRANÇAIS où un cadre européen leur est créé à tout point de vue et rigoureusement interdit à tout Dahoméen à l’époque.

LE QUARTIER ZONGO

Le nom ZONGO signifie littéralement «ETRANGER» en langue HAOUSSA. Ce terme désigne généralement le quartier des étrangers dans les villes béninoises.

A DASSA-ZOUME, la genèse du quartier ZONGO remontait à la période de création de la gare ferroviaire au début du XXè siècle. Inaugurée en 1908, cette gare devint très tôt un centre de transit, engendrant dans ses alentours le développement de plusieurs activités économiques : le commerce, le transport, la restauration, l’hébergement, etc. Cela suscita une importante immigration à DASSA-ZOUME de manœuvres, cheminots, transporteurs, commerçants, etc. Ceux-ci étaient essentiellement des MOSSI burkinabés, HAOUSSA nigériens, peulhs du Nord Bénin, fonctionnaires subalternes de l’administration coloniale, etc. Le quartier ZONGO naît donc ici, non loin de la gare, à cause de l’installation de tout ce monde. Les communautés musulmanes s’établirent près de la grande mosquée et les autres à l’entrée du quartier.

De nos jours, on dénombre deux formes d’architectures dans le quartier. D’une part, les maisons traditionnelles ne disposent souvent pas de clôtures et ont des mûrs peu élevés. D’autres part, les maisons modernes sont clôturées et ont des mûrs plus élevés. Certaines ont même des caractéristiques des constructions néo-soudanaises. De toute façon, l’usage des briques ou terres de barre avec des renforts de pierres concassées parait comme les caractéristiques communes des deux formes d’architectures.